
Ueli Maurer élu avec 122 voix
La réponse est tombée : non la Suisse n’est pas prête à mettre des réformes dans ses institutions. La sacro-sainte concordance a repris ses droits ancestraux. Ueli Maurer a été élu avec 122 voix. Cent vingt-deux! Soit une de plus que son collègue de parti H-J. Walter. Walter-Maurer ? Bonnet-blanc / blanc-bonnet. Non, pas au niveau de leur idéologie propre, mais le parlement a rouvert la porte du gouvernement à l’UDC. Porte qu’ils avaient eux-mêmes claquée il y a 12 mois d’ailleurs. Et la suite alors ?
Nos représentants avaient le choix. Redonner au PDC le siège perdu en 2003. Reformer un gouvernement travaillant dans le sens des réformes nécessaires de notre système. Je ne doute pas que monsieur Maurer puisse être un bon Conseiller fédéral. Ce ne sont pas les compétences ni les expériences qui lui manquent.
Avec un anti-européen primaire au gouvernement – est-ce le seul ? – comment vont avancer les travaux avec Bruxelles ? Au début 2009 nous devrons voter sur l’extension de la libre circulation aux nouveaux pays membres de l’UE provenant de l’Europe de l’Est. Après de nombreuses voltes-faces, l’UDC et son bras armé (l’ASIN), vont se lancer dans une campagne du nein. Quelles conséquences pour la Suisse ?
Yann Grandjean, président de l’ADIR – éditrice du journal Profil- m’a dit un jour : « en Suisse les décisions sont prises un peu à Zürich, beaucoup à Bruxelles et énormément à Washington ». Cette phrase résume parfaitement la situation actuelle de la place de notre pays dans un monde globalisé. L’isolationnisme helvétique va nous poser de gros problèmes dans l’avenir. L’image que l’UDC essaie de peindre d’une Suisse incroyablement neutre et indépendante, où tout se passe mieux qu’ailleurs, est complètement dépassée. Nul doute que la Suisse a connu des belles années post 2ème guerre mondiale, plus belle qu’ailleurs sans doute. Nul doute encore que la construction européenne – à laquelle nous avons cessé de participer depuis le 6 décembre 1992 – ne soient pas aussi parfaite qu’on l’eut espérée.
Voyagez un peu, apprenez à découvrir la vie quotidienne des européens et vous comprendrez mieux mon propos. On a toujours imaginé, aussi loin que je m’en souvienne, que la Suisse était une petite île dorée au centre d’une Europe en retard. Qui n’a jamais rit en voyant les « poubelles » napolitaines ou autres « tacots » avec quoi roulaient les Italiens par exemple. Chaque foyer helvétique disposait d’un téléphone propre dès les années 50. Il faudra attendre encore 20 ans pour que les Français arrêtent d’aller à l’auberge municipale pour téléphoner. Combien de bureaux d’élèves, de chaises, de crayons et d’ardoises et combien de « vieux » habits avons-nous envoyé à l’Est après la chute du mur ? En Roumanie, en Pologne. Aujourd’hui, ces pays ont non seulement le même parc automobile et les mêmes centres commerciaux que nous mais se rapproche également de notre pouvoir d’achat (certes encore un peu plus faible). Universités, Hautes écoles et formations professionnelles sont toutes bientôt au niveau de nos EPF et autres Fac. de Droit.
Transports publics : Voyagez en train avec un ICE de la Deutsche Bahn et vous appréhenderez de retourner dans une rame de nos CFF.
Je ne suis pas en train de vomir sur notre bonne vieille Suisse, elle a ses charmes, ses qualités et ses défauts. Mais l’image que l’on veut bien nous donner est devenue obsolète. Comme celle qu’on a trop souvent du reste de l’Europe.
Admettons un refus à la votation sur la libre circulation. Que va faire l’UE ? Nous obliger à revoter ? Pas vraiment le choix! Je n’aimerais pas être à la place de celui qui ira expliquer au citoyen patriote, indépendantiste et neutrophile que Bruxelles nous oblige à revoter 6 mois plus tard !… Notre système fédéraliste a de nombreux avantages et il n’est pas à jeter; à réformer par contre, et urgemment !
Comment voulez-vous appliquer les directives européennes, y.c et surtout le problème de l’adoption automatique des modifications des traités, quand 50′000 citoyens ont un droit de referendum sur chaque loi fédérale ? Qu’il est difficile d’expliquer que l’avenir de la Suisse se joue à Bruxelles et que la Suisse, fusse-t-elle jadis un intérêt pour les européens (pour la transversale autoroutière Nord-Sud par exemple), n’est plus au centre névralgique des intérêts européens. Avec l’ouverture des marchés de l’Est et la proximité avec la Russie, la Chine et l’Inde, la construction européenne se fera de plus en plus sans nous. Les européens ont réussi à se développer sans nous, voici notre meilleur ennemi.
La crise financière le montre bien: impossible de pouvoir règlementer dans notre coin le fonctionnement des instituts bancaires, impossible de solutionner un problème venant d’une crise immobilière aux USA. On peut la critiquer, s’en scandaliser ou s’en révolter mais, c’est un fait: la globalisation sera aussi politique.
Ouvrons les yeux et réformons notre système et nos institutions pendant que nous en avons le temps – notion qui nous est tellement chère – et de le faire selon notre propre volonté et avant que cela nous soit imposé par d’autres.
Aujourd’hui, 10 décembre 2008, nos représentants ont mis un frein à l’esprit qu’ils avaient soufflé il y a douze mois. Ils avaient l’opportunité de poursuivre ce qu’ils avaient balbutié en éjectant le tribun zurichois. Les Libéraux-radicaux ont peut-être mis la balle dans le chargeur du revolver PDC qui va suicider un de nos conseiller fédéraux en décembre 2011 (ou avant?). Un parti PDC qui, aujourd’hui, n’a pas eu le courage de présenter un candidat et renverser une concordance qui ne veut plus rien dire. Espérons que cela n’en coûtera pas trop à l’avenir. Si les Libéraux-radicaux ont fondé les institutions de la Suisse moderne, preuve en est qu’aujourd’hui seuls eux peuvent la réformer pour demain… et ils seront bien seuls dans cet exercice difficile.
Bonjour,
Votre texte est superbement bien écrit et j’y souscris totalement.
Vous êtes de la même trempe que ce chère Philippe Nantermod.
Même si les temps actuels ne sont pas en notre faveur, il faut rester optimiste.
Comme le disais Jean Marais dans le “Bossu” : “Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère viendra à toi”.
Ce qui est vrai pour Jean Marais l’est aussi pour notre pays.
Salutations
Par Romain Gabioud le 11/12/2008
à 14:40
Merci pour le sympathique message et surtout la citation de Feval tout en finesse, mais au lieu de nous battre pour Aurore de Nevers nous nous battons pour Dame Helvétie. Ca en vaut la chandelle aussi !
Si vous avez une botte secrète à m’apprendre je suis preneur
Meilleurs messages
Par Didier Carrard le 11/12/2008
à 16:27
Il est certain que l´UE se développe – dieu merci pour elle – très bien sans nous, que la Suisse ne peut pas continuer à s’isoler comme elle le fait si elle ne veut pas rapidement être dépassée par ses chers voisins, etc. Je pense également qu’il est temps de réformer nos institutions qui ne conviennent plus réellement à la situation mondiale actuelle.
Le parlement a été mauvais en élisant Ueli Maurer, c’est certain. Mais je pense que c’est en grande partie à cause des radicaux-libéraux. Ils n’ont pas été prêts à assumer leur responsabilité… Le résultat d’hier était totalement prévisible. Quelques jours avant l’élection, Fulvio Pelli disait déjà qu’il n’était pas possible de rejouer la manoeuvre de décembre 2007. Pourquoi les radicaux ont-ils tellement peur?
Je ne partage dès lors pas, mais alors pas du tout, la conclusion: “Si les Libéraux-radicaux ont fondé les institutions de la Suisse moderne, preuve en est qu’aujourd’hui seuls eux peuvent la réformer pour demain… et ils seront bien seuls dans cet exercice difficile”. Ils ne seront certainement pas seuls le jour où ils oseront des réformes. Mais encore faut-il qu’ils arrêtent d’avoir peur de l’UDC. Or pour l’instant, ils font largement partie des “trouillards” qui n’osent pas prendre les decisions nécessaires.
Les radicaux ont fait un score plus que moyen lors des dernières élections parlementaires. Une des explication est que les électeurs n’ont pas voulu d’une copie de l’UDC (ceux qui voulaient l’UDC ont voté pour l’originial et les autres ont choisi d’autres partis capables de se démarquer). J’espérais qu’ils auraient su en tirer les conséquences… Visiblement, tel n’est pas le cas. Ils continuent à suivre bêtement l’UDC. Dommage. Pour en revenir à ta conclusion, j’espère sincèrement que la nouvelle génération des radicaux sera capable d’oser les réformes…
Par Sandrine Kreiner le 15/12/2008
à 17:09