Editorial paru dans PROFIL mai 2008
Les revendications syndicalo-corporatistes sont horripilantes. La naïveté écologique du tout à la taxe est rageante. Mais ce n’est rien au vu de ce que nous présente désormais l’UDC.
Même si nous ne sommes fondamentalement pas d’accord avec les partis de gauche, nous devons admettre qu’avec eux le débat peut avoir lieu. Nous nous affrontons sur le même terrain et respectons les mêmes règles: celles d’un Etat de Droit.
John Locke est le génialissime père du libéralisme moderne et sa philosophie est le ciment de notre société démocratique. En 1690, dans son Traité du gouvernement civil, il déclarait que le Droit naturel (lisez aujourd’hui «droits fondamentaux ») en était le primat et, donc, que personne n’était au-dessus du Droit. Pas même le souverain, qu’il soit un monarque absolu ou un peuple de démocrates. Forts de cette affirmation, des philosophes comme l’Abbé Sieyès, et plus tard le Suisse Benjamin Constant, développèrent la notion de souveraineté nationale. C’est de ces principes que les révolutionnaires de 1789 édictèrent la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Rien que ça!
Aujourd’hui, nous parlons de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, laquelle la Suisse s’est engagée à respecter comme tous les pays du continent.
Une fois de plus, l’UDC, abusant de la flûte à faire chanceler les paroissiennes, essaie de nous faire croire que le peuple a le droit de ne plus respecter les règles qu’il a lui-même adoptées de haute lutte. Non seulement c’est mentir et manipuler le citoyen, mais c’est surtout dangereux pour notre démocratie. L’idéologie profonde à demi cachée est en opposition crasse avec nos principes élémentaires. Ce n’est pas pour rien que l’UDC veut «museler» le gouvernement et menace de ne pas réélire les juges du Tribunal fédéral. C’est aux citoyens de rejeter ce populisme qui conduit à tous les excès.
Aujourd’hui le différend est bien plus profond qu’un simple souci d’anticonstiutionnalité de ses initiatives, il a trait à ce que nous avons de plus précieux: la démocratie et l’Etat de Droit.